Philippe Candeloro (Dropped) repart- 'Sinon c'était pas la peine d'être épargné'

Dimanche matin [22 mars 2015]‚ les corps des huit victimes françaises de l'accident létal survenu sur le tournage du jeu d'aventure Dropped reviendront sur le sol français‚ à l'aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle‚ et les familles‚ trêve de rancoeurs envers la société de production‚ pourront alors véritablement commencer leur travail de deuil. Ceux qui ont échappé à la mort‚ là-bas dans la province argentine de la Rioja‚ et sont rentrés samedi 14 mars‚ vont devoir continuer le leur tout en reprenant leurs activités médiatiques. C'est le cas notamment du patineur Philippe Candeloro‚ qui fut le premier à faire le récit du drame dans lequel ont péri les champions Alexis Vastine‚ Camille Muffat et Florence Arthaud‚ les professionnels de l'audiovisuel Laurent Sbasnik‚ Lucie Mei-Dalby‚ Volodia Guinard‚ Brice Guilbert et Edouard Gilles‚ ainsi que les pilotes d'hélicoptère argentins Juan Carlos Eduardo et Roberto Carlos Abate.

Si d'autres candidats "rescapés" de Dropped‚ à l'image de Jeannie Longo‚ ont choisi d'affronter l'épreuve sans s'exprimer publiquement‚ ou en dosant leur témoignage‚ comme Alain BernardCandé‚ lui‚ s'est déjà épanché à plusieurs reprises. A quelques heures de reprendre son rôle de consultant en patinage artistique pour France Télévisions dans le cadre des championnats du monde de la discipline qui vont s'ouvrir en Chine‚ le champion a accepté de parler une nouvelle fois‚ au quotidien Le Parisien. Pour refaire le film‚ affronter le présent‚ envisager l'avenir. "Il faut essayer de passer à autre chose‚ sortir du nuage. Sinon‚ ce n'était pas la peine de revenir. Et d'être épargné par le destin. Reculer‚ ce n'est pas dans ma nature‚ et ça ne fera pas revenir nos amis"‚ philosophe le champion de 43 ans. Qui admet toutefois‚ alors qu'il "n'arrête pas" de penser à ce traumatisme chaque matin au réveil : "On éprouve un sentiment double qui nous empêche de nous réjouir de retrouver nos proches‚ parce que l'on se met à la place des familles qui ont perdu les leurs." Philippe Candéloro a eu une chance‚ comme il le souligne : "J'ai pu rassurer ma femme [Olivia‚ NDLR] et mes filles [Luna‚ 14 ans‚ Maya‚ 12 ans‚ et Talia‚ 9 ans] avant même qu'elles soient au courant de l'accident‚ grâce au portable d'un technicien." D'autres auraient aimé recevoir ce coup de fil‚ comme la famille Vastine‚ qui‚ quelques semaines après avoir déjà perdu une fille‚ a dû entendre de la bouche d'Alain Bernard qu'Alexis "n'était plus là"‚ ou William Forgues‚ compagnon de Camille Muffat‚ qui a eu à annoncer la mauvaise nouvelle aux parents de la nageuse…

Avec son tempérament de battant‚ Philippe Candeloro déclarait lors de l'entretien attendre le retour des dépouilles en France pour faire son deuil‚ "pouvoir parler aux familles et évoquer cette question de pourquoi eux et pas nous". "J'ai tellement de peine pour eux"‚ disait-il. Mais‚ dans l'immédiat : "Sans troubler la tristesse des familles‚ j'ai envie de repartir en essayant d'oublier au maximum ce qu'il s'est passé‚ même si ces images et ces moments avec nos amis disparus sont en moi à tout jamais"‚ indiquait-il à propos de son départ pour Shanghai et les championnats du monde de patinage‚ qu'il veut commenter "en essayant de ne pas perdre [s]on sens de l'humour".

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Un excès de prudence qui a poussé à la faute

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Dans sa conversation avec la journaliste Caroline Bonacossa‚ Candé revient aussi sur les événements tels qu'il les a vécus : ce moment où‚ depuis le camion où il se trouvait‚ il a entendu la déflagration et s'est fait conduire avec ses partenaires sur le lieu du crash‚ "trois minutes après" ; ce spectacle désolant des deux hélicoptères‚ l'un "dont il ne restait que l'arrière et la queue"‚ et l'autre "tombé sur des arbres"‚ ravagé par le feu "pendant une heure et demie". "On a cherché en vain si quelqu'un avait été éjecté aux alentours‚ décrit-il. Et l'on n'a aperçu aucune silhouette vivante à l'intérieur. J'essayais de garder mon sang-froid en gérant les gens qu'on connaissait et qui étaient effondrés d'avoir perdu leurs copains." Et puis la suite : les entrevues ["trois ou quatre fois"] avec des psychologues‚ les questions du juge saisi de l'affaire‚ l'isolement à l'hôtel ["de peur que quelqu'un fasse une photo mal intentionnée"] et les "toasts portés aux amis disparus en essayant de retrouver le sourire".

Candeloro glisse par ailleurs quelques mots sur la question brûlante de la sécurité sur place : "C'est un accident que personne n'aurait pu éviter. Toutes les mesures de sécurité avaient été prises‚ assure-t-il. J'ai même l'impression qu'il y a eu un excès de prudence‚ qui a poussé à la faute. Les pilotes avaient retardé de six heures le départ parce qu'il n'y avait pas les conditions optimales d'atterrissage. La production se mettait toujours à leur service." Une formulation peut-être un peu excessive‚ mais qui va dans le sens d'un certain nombre de témoignages attestant qu'Adventure Line Productions [ALP] a fait en sorte de minimiser les risques.

 
 
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