Manoel de Oliveira - un siècle de passion pour le cinéma !

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La maladie du cinéma l'a contaminé très jeune. Son père‚ un industriel bourgeois de Porto‚ lui fait découvrir les grands cinéastes du muet‚ Max Linder et Charlie Chaplin et lui offre rapidement une caméra. Il a vingt-et-un ans quand il utilise ce cadeau‚ un objet d'une immense valeur à l'époque et qui le restera toute sa vie.

Il commence sa carrière en jouant dans Fatima miraculeuse en 1928‚ mais préfère être derrière la caméra. En effet‚ les années vingt sont l'âge d'or du cinéma muet : on rit des farces de Chaplin ou Keaton‚ on tremble devant le Nosferatu de Murnau.  Manoel de Oliveira cherche à montrer autre chose avec un style proche du documentaire et tourne en 1931 Douro‚ travail fluvial. Rien de très burlesque visiblement. Alors que deux ans après‚ il joue dans le premier film parlant portugais‚ La Chanson de Lisbonne.

Plus tard‚ il passe à la direction d'un long-métrage‚ en 1942‚ avec Aniki-Bobo‚ sa première fiction sur le destin d'enfants de quartier populaire. Le réalisateur a définitivement trouvé sa voie.

Cependant‚ le Portugal doit faire face à la dictature de Salazar qui sévit depuis 1933. Une période peu propice à la création artistique‚ tout du moins en liberté‚ qui oblige Manoel De Oliveira à revenir vers des activités moins controversées. Il reprend l'usine textile et entretient les vignobles familiaux. Un moyen de financement qui lui permet en 1963 de réaliser un nouveau film‚ Le Mystère du printemps. Le dictateur n'est pas éternel‚ en 1970 il décède et un an plus tard Manoel débute la réalisation d'une tétralogie‚ pas moins‚ sur les frustrations amoureuses qui rassemble Le Passé et le Présent‚ Benilde‚ Amour de Perdition et Francisca.

La profession ne manque pas de remarquer son talent et lui remet à Venise un Lion d'or en 1985 pour Le Soulier de satin tiré du roman de Paul Claudel. La thématique de ses œuvres est tournée vers du romantisme torturé‚ ce qui se confirme à partir de la fin des années 80.

Dès 1988‚ il tourne quasiment un film par an. Ce boulimique de la pellicule devient une légende par son âge et son rythme de production. Sa réalisation faite de plans fixes et de mouvements de caméra très lents effraient souvent le spectateur. Il admet volontiers qu'on connaît davantage son âge et sa longévité dans le milieu que ses films. Notons qu'il a obtenu pas moins de 15 nominations et 39 récompenses au cours de sa fructueuse carrière !

Son style est toujours assumé‚ il ne fait pas du cinéma pour plaire ou rapporter de l'argent. Parmi ses œuvres les plus majeures‚ on retiendra Le Val Abraham‚ véritable chef-d'oeuvre‚ adaptation libre de Madame Bovary de Gustave Flaubert‚ le cinéaste apprécie manifestement la littérature française. Catherine Deneuve et John Malkovich tournent avec lui en 1996 dans Le CouventMichel Piccoli dans Je rentre à la maison où cette fois‚ la solitude‚ la mort et la vieillesse sont au cœur du propos. Bien lui en vaudra‚ ce film datant de 2000 touche le public qui voit en lui plus qu'un réalisateur immortel. Il tournera également à cette époque le magnifique La Lettre‚ avec Chiara Mastroianni‚ libre adaptation de La Princesse de Clèves.

2008 est la consécration‚ en plus d'atteindre le centenaire‚ il obtient une Palme d'Or pour l'ensemble de sa carrière. Un hommage émouvant qu'il a reçu avec beaucoup d'humour : "Recevoir des prix‚ c'est sympathique. Et puis c'est de l'argent pour faire des films !"

Toujours cette année-là sort Christophe Colomb‚ l'énigme‚ un film au postulat on ne peut plus original : et si l'explorateur avait été portugais… Le journal Le Monde le qualifiera poétiquement de "voyage intellectuel et charnel". Insatiable‚ il sera évidemment derrière sa caméra pour le tournage de Singularités d'une jeune fille blonde le jour de ses cent ans. "Cesser de travailler‚ c'est mourir. Si on m'enlève le cinéma‚ je meurs". Réalisateur singulier‚ chevronné et passionné‚ Manoel de Oliveira apporte au septième art une émotion rigoureuse et exemplaire.

Bon anniversaire Monsieur Oliveira ! 100 ans ! Vive le Cinéma !

 
 
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