Douze clips de Michael Jackson, rien que pour vos yeux... Quel danseur magique !

Don't Stop 'til You Get Enough‚ 1979

Extrait de Off The Wall‚ premier album pour Epic et première collaboration avec Quincy Jones‚ la vidéo de "Don't Stop 'til You Get Enough" est dirigée par Nick Saxton. C'est le premier clip solo de Jackson. Rien de bien sophistiqué‚ le décor pourrait être celui d'un plateau télé ou d'une boîte de nuit. Vêtu sagement d'un smoking et arborant un noeud pap‚ Jackson‚ alors âgé de 20 ans‚ semble n'en avoir que 16. Pas de folie apparente‚ mais sur un groove aussi discret qu'efficace‚ mêlant funk‚ soul et disco‚ la machine tourne fort et le feeling va crescendo. Les paroles sont assez chaudes ["Touch me and I feel on fire‚ I'm melting like hot candle wax sensation"].

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Il faut s'attacher surtout à la manière dont Jackson danse‚ avec cet art du geste économe comme élément de chorégraphie qui avait tant frappé le mime Marceau [ à qui Jackson avait emprunté sa "marche contre le vent"‚ dont il fit le "moonwalk"].

Dans cette vidéo la seule façon dont il remonte ses manches est digne d'un Noureev. Toute la puissance‚ l'originalité‚ la subtilité et la grâce inimitable de sa manière de danser sont là. Ce clip contient en germe tout ce qui va constituer la patte du plus grand danseur du XXe siècle. Le single sera numéro 1‚ le premier de Jackson depuis sept ans.

Rock with You‚ novembre 1979

Second single extrait de Off the Wall‚ "Rock With You" ne vous fera pas tomber de l'armoire. C'est la face guimauve du disque‚ le morceau midtempo qui permet surtout à Michael de jouer de son subtil ténor. Le single sera lui aussi numéro 1 dans les charts R&B et pop.

Dans ce clip‚ c'est la totale disco. Jackson lui-même est habillé en boule de tango‚ il scintille de partout‚ même ses bottes sont à paillettes et son costume ressemble à une tenue préparée par la SFP pour les frères Bogdanoff.

La réalisation est à l'avenant‚ assez rigide et sans imagination. Par rapport à "Don't Stop 'til You Get Enough"‚ c'est le grand bond en arrière. Un pur produit crossover pour draguer les minettes. Musicalement‚ hormis quelques riffs de cuivres bien balancés pendant le pont‚ ça donne tout juste envie de tapoter de la pointe du pied.

We Are The World‚ 1985

Après la réalisation de Thriller‚ chef-d'oeuvre absolu et disque le plus vendu au monde‚ Jackson va apporter sa pierre au "charity business" avec "We Are The World"‚ hymne à la solidarité composé avec Lionel Richie‚ un clip mémorable qui réunit la crème de la crème du showbiz US‚ en noir et blanc. Ray Charles‚ Harry Bellafonte‚ Al Jarreau y côtoient Bruce Springsteen‚ Willie Nelson et Bob Dylan‚ qui aura quand même besoin de tenir la partition à deux centimètres de son nez‚ sans doute parce qu'il n'a pas pris le temps d'apprendre son couplet et qu'au fond‚ cela ne le concerne guère.

C'est Harry Bellafonte qui a eu l'idée de monter cette opération‚ après le succès de "Do They Know It's Christmas"‚ qui avait permis à Bob Geldof de lever des fonds pour venir en aide à l'Afrique. Co-auteur de la chanson‚ Jackson n'y apparaît que quelques secondes sur un total de 7'10. Ce que l'on aperçoit en premier‚ ce sont ses socquettes blanches à paillettes. Un dolman noir brodé d'or vient compléter sa tenue. Sa voix surgit comme celle d'un ange. On le revoit une deuxième fois‚ à nouveau au refrain‚ cette fois en duo avec Diana Ross‚ second instant de grâce.

Evidemment‚ le clip n'a rien de bouleversant. Techniquement‚ c'est une enfilade de plans serrés sur des visages et de plans larges pour donner l'idée de masse. Cependant‚ entre un Springsteen qui s'époumone‚ une Cyndi Lauper qui hystérise‚ un Ray Charles dont les quelques mots prononcés vous font trembler l'échine‚ l'ensemble comporte quelque chose de vraiment émouvant. Après ça‚ essayez de regarder deux secondes des Enfoirés…

Et pourtant‚ l'effort musical‚ avec Quincy Jones en Maestro avec baguettes et pupitre‚ tient plutôt de la ritournelle. Mais il y a la patte américaine‚ cet art inimitable de vous tirer une larme en même temps qu'une poignée de dollars…

Man In The Mirror‚ 1987

Bad‚ septième album de Jackson‚ sort en août 1987. Cinq singles squatteront la première place des charts US. Le chanteur a composé neuf des onze chansons et co-écrit "Man In The Mirror". Chanson engagée s'il en est‚ c'est une invitation‚ pour chacun de nous‚ à se regarder dans le miroir et à réfléchir sur tout ce que l'on pourrait tenter pour changer le monde.

Le clip de Don Wilson‚ où Jackson n'apparaît jamais‚ est un montage d'images d'actualité‚ sorte de "worst of" de tout ce qui a pu accabler l'humanité au XXe siècle et avant. Enfants africains mourant de faim‚ scènes de guerre‚ sans-abris‚ et‚ pêle-mêle‚ des visages d'hommes de bonne volonté [Martin Luther King‚ Mère Teresa‚ John Kennedy‚ John et Yoko‚ Mandela‚ Gandhi]‚ et puis des monstres patentés [Hitler‚ le Ku-Klux-Klan]. En voyant le clip pour la première fois‚ Jackson fondra en larmes.

Extrait de Bad. C'est l'histoire d'une jeune femme‚ Annie‚ qui a été abattue par un tueur à gages. Costume blanc‚ guêtres‚ chapeau mou porté sur un catogan‚ Jackson‚ le vengeur‚ mène la danse‚ dans un décor du temps de la Prohibition. C'est un peu le mariage des Incorruptibles avec West Side Story. Jeffrey Daniel‚ un membre du groupe de soul Shalamar‚ a réglé les chorégraphies. Le clip a été dirigé par Colin Shilvers qui en a réalisé quatre moutures différentes: un moyen métrage de 39 minutes‚ le clip officiel [9'21]‚ une version courte adaptée au format des diffuseurs de clips type MTV‚ et une version normale‚ où le clip est synchro avec la version de l'album.

Michael est impeccable‚ taillé sur mesure pour la danse comme son smok blanc semble avoir été cousu sur lui. C'est d'ailleurs un point à souligner: cette fluidité de ses vêtements est le prolongement de sa grâce naturelle. Un rien l'habille parfaitement [souvenez-vous comme il porte beau‚ même en guenilles dans "Thriller"].

Leave Me Alone‚ 1988

Le titre‚ qui ne figure que sur la version CD de Bad‚ n'est pas sorti en single aux Etats-Unis. Le clip‚ lui‚ est réalisé par Jim Blashfield‚ qui a travaillé avec Joni Mitchell‚ les Talking Heads‚ Paul Simon‚ Peter Gabriel‚ et apporte une touche totalement inhabituelle‚ plutôt réservée aux clips pour rockstar: de la couleur‚ des effets spéciaux‚ et une façon très premier degré de coller au texte de la chanson‚ loin des mises en scène soigneusement chorégraphiées où Michael Jackson était la seule vedette et où tout reposait sur sa présence et ses pas de danse.

Apparemment‚ la chanson s'adresse à une femme‚ et raconte une mise au point‚ sous forme de scène de ménage fantastique: "Fous-moi la paix‚ ça suffit‚ marre de ceci et cela". En fait‚ on lit clairement entre les lignes un magistral "Foutez-moi la paix"‚ qui s'adresse aussi bien à ses admirateurs qu'à ses détracteurs et aux colporteurs de rumeurs. Ainsi‚ on voit défiler des coupures de presse reprenant toutes les anecdotes‚ vraies ou invérifiables‚ qui circulent à propos de la vie de Jackson: ses séjours dans un caisson hyperbare‚ son amour des animaux [chimpanzé‚ lama]‚ la rumeur selon laquelle Jackson aurait "acheté les os d'Elephant Man". Empruntant des véhicules divers‚ du canot à la fusée‚ Jackson traverse une sorte de fête foraine fantasque -on songe à l'attraction "It's a Small World" de Dysneyland‚ une croisière qui nous amène à travers le monde sur l'air de la fraternité universelle. Sauf que là‚ le cauchemar n'est jamais loin‚ et que certains passages ressemblent plus au train fantôme. Concession à la tradition‚ le réalisateur a inclus une brève séquence hilarante où Jackson danse [à la perfection] avec le squelette d'Elephant Man. Tout ce monde finit par exploser entre les mains d'un Michael géant‚ mi King Kong‚ mi Godzilla qui retrouve enfin le sourire au milieu des ruines de cet univers qu'il exècre.

Liberian Girl‚ 1989

Neuvième et dernier single extrait de Bad‚ la chanson‚ une ballade douce‚ est dédiée à [people_restrictif=526]Elizabeth Taylor[/people_restrictif . Le clip‚ réalisé par Jim Yukitch‚ est placé sous le signe de l'humour‚ les "guests" sont aussi nombreux que célèbres: Whoopi GoldbergSteven SpielbergRosanna Arquette‚ David Copperfield‚ Richard Dreyfuss‚ entre autres‚ et tout ce monde bavarde‚ au point de couvrir la musique et les paroles‚ comme dans une salle d'attente. Normal‚ puisqu'ils attendent Michael Jackson‚ et personne ne sait où il est‚ jusqu'à la fin du clip où tout le monde se tait et tous les regards se lèvent vers le ciel. Auraient-ils vu Dieu ? Eh bien‚ presque. Il s'agit en fait de Michael Jackson qui‚ perché sur le siège d'une caméra grue‚ est en train de les filmer depuis le début. Le clip est distrayant‚ mais frustrera les fans hardcore car la chanson est la plupart du temps inaudible.  Intéressant cependant‚ car le King of Pop prend ici une sorte de distance amusée avec son personnage et son oeuvre; après tout‚ semble-t-il nous dire‚ qu'importe que l'on ne m'entende pas‚ c'est juste une chanson…

Remember The Time‚ 1991

Avec l'arrivée des années 1990‚ Jackson va se faire remarquer en s'offrant les clips les plus ambitieux et les plus coûteux de l'histoire de la musique populaire. Les trames sont de plus en plus complexes‚ les séquences chorégraphiées sont vraiment trapues et les réalisateurs [des pointures comme David Lynch et David Fincher] n'hésitent pas‚ comme déjà dans "Liberian Girl"‚ à confier des petits rôles à des célébrités‚ comme Naomi Campbell dans "In The Closet". "Remember The Time" se passe dans l'Egypte ancienne et l'on y retrouve Eddie Murphy et Imam [Madame David Bowie].

Second single de l'album Dangerous‚ "Remember The Time" apporte une touche de hip hop. Mais le clip n'est finalement pas à la hauteur de ses ambitions. Pendant plus de deux minutes‚ on subit les caprices de la femme du Pharaon [Imam] qui se barbe au bord du Nil et fait jeter aux lions les quelques audacieux jongleurs qui ont tenté de rompre son ennui. Evidemment‚ tout change à l'arrivée d'un mystérieux personnage‚ vêtu comme un pénitent espagnol et qui va se transformer en statue d'or animée. Vous l'aviez deviné‚ c'est Michael en personne‚ qui commence à pousser la chansonnette sous les yeux de plus en plus enamourés de la Pharaonne. Cependant‚ il faudra attendre la septième minute pour que Michael se mette à danser‚ et tout cela est un peu long‚ un peu à la manière d'Astérix et Obélix contre César où la multiplication des effets et la mise en scène luxueuse ne parviennent pas à cacher l'indigence de la réalisation. Le choix du metteur en scène John Singleton [Boyz N The Hood‚ 2 Fast 2 Furious] n'est sans doute pas étranger à ce semi échec.

Earth Song‚ 1995

En juin 1995‚ Jackson publie son neuvième album‚ un double‚ une somme justement titrée HIStory : Past‚ Present and Future‚ Book I‚ plus connu sous l'abréviation HIStory.  Si le premier disque est une compilation‚ le second contient des nouveautés‚ à l'exception de "Come Together". Il s'en vendra 20 millions‚ la meilleure vente de Jackson juste après Thriller.

"Earth Song"‚ le troisième single‚ est une ballade engagée‚ un hymne à la Terre où se mêlent pathos‚ rousseauisme mal digéré [ah‚ les bon sauvages…] et bonnes intentions. On est bien sûr au milieu des années 1990‚ c'est la prise de conscience: il faut sauver l'environnement. Comme toujours‚ les bonnes intentions ne font pas les meilleures chansons et "Earth Song" s'englue vite dans une mélasse écolo assez indigeste.

Le clip‚ dirigé par Nick Brandt [un nom à fabriquer des machines à laver le cerveau] est à l'avenant‚ voire pire. Le récit est construit de manière puérile. Après avoir traversé un monde en ruines [guerre‚ déforestation‚ cadavres d'éléphants‚ pollution]‚ Michael se concentre très fort et‚ façon Machine à remonter le temps‚ il rembobine et tout redevient idyllique: les chars d'assaut reculent‚ les enfants morts ressuscitent‚ les arbres tronçonnés de la forêt amazonienne se redressent et reprennent racine. On sent passer le souffle du démiurge Michael sur tout ça‚ et le clip se referme sur une vison de paradis terrestre.

Stranger In Moscow‚ 1996

"Stranger in Moscow" est le cinquième [et dernier] single extrait de HIStory. Jackson l'a écrit lors d'un voyage à Moscou‚ alors qu'il était en train de se débattre contre les accusations de pédophilie. Il se dit "tombé en disgrâce" et le clip est une allégorie‚ en noir et blanc‚ de ses états d'âme et de son sentiment de solitude et d'abandon.

Il promène son visage pâle dans les rues de la capitale russe. Atmosphère‚ atmosphère. Pluie‚ SDF‚ misère‚ solitude‚ visages fermés‚ nombreuses séquences filmées au ralenti‚ mais sans le brio de Peckinpah: le clip suit la vie de six individus perdus dans un monde où plus personne ne parle à personne.

Mais nul n'échappe à son destin et le clip se termine sur la voix froide et menaçante d'un membre du KGB‚ manifestement utilisée pour symboliser tous les méchants qui s'attaquent à Bambi en cette période difficile.

What More Can I Give‚ 1998/2001

En 1998‚ Michael Jackson a changé de manager et ce dernier a du boulot: il s'agit de redorer l'image du chanteur qui a échappé de justesse à des condamnations très graves‚ mais qui doit affronter un certain désamour de la part du public. En juin 1999‚ Michael participe à deux concerts caritatifs‚ à Séoul et à Munich. Auprès de lui‚ des stars mondiales: Andrea BocelliMariah Carey‚ les Scorpions‚ Ringo Starr. Ils sont censés interpréter une chanson composée spécialement pour l'occasion‚ "What More Can I Give"‚ mais elle ne sera pas incluse dans le spectacle . Sony a refusé de commercialiser le single de "What More Can I Give"‚ car le producteur de la chanson est soupçonné d'être également producteur de films pornographiques ! Le morceau ne sera disponible qu'en téléchargement payant sur Internet. Les fonds récoltés iront aux victimes des Twin Towers.

Quant au clip‚ ce n'est qu'un concert‚ avec Michael au premier rang‚ devant une tapée de vedettes‚ mal filmé et sans grand intérêt [la chanson‚ construite sur le modèle de "We Are The world"‚ avec un demi couplet par personne‚ donne surtout envie de bâiller.

You Rock My World‚ 2001

Premier simple tiré d'Invincible‚ l'album paru en 2001‚ "Rock My World" a été diffusé en avant-première en Europe‚ en Asie et en Afrique du Sud. Mais ce n'était pas une faveur promotionnelle: du fait des attentats du 11 septembre à New York‚ les programmateurs ont préféré repoussé sa diffusion aux States au 26 septembre 2001. "Rock My World" est une version moins stylisée et plus cinématographique de "Smooth Criminal". Le costume blanc a été ici remplacé par un tenue noire et la chemise est rouge sang. Entre Tarantino et Scorsese‚ la violence est plus frontale‚ même si elle reste compensée par des séquences de danse où l'on voit que Bambi n'a rien oublié.

Le clip‚ filmé comme une histoire de gangsters a été réalisé par Paul Hunter‚ un spécialiste du clip pop dont les clients s'appellent Jennifer Lopez‚ Lenny KravitzEminemMarilyn MansonWill Smith‚ et qui est aussi à l'aise dans une ambiance hip hop que dans un contexte rock. Mais il a aussi tâté de la pub‚ notamment pour Nike et Coca Cola‚ et cela se sent dans le montage‚ nerveux mais un peu trop frimeur [type allumette craquée en très gros plan avec son compressé].

"You Rock My World" raconte la rivalité entre Michael Jackson et le comédienChris Tucker autour d'une séduisante jeune femme jouée par Kishaya-Dudley. Tous trois se retrouvent dans une boîte fréquentée par des gangsters - -avec d'ailleurs Marlon Brando‚ en patron de club façon Faucon maltais. Jackson et son pote ne sont pas vraiment les bienvenus‚ d'autant que la jeune femme semble avoir déjà noué une relation avec un des "tough guys" du coin‚ joué par Michael Madsen.

Indifférent au danger‚ Jackson entame une sérénade à sa façon [le connaissant‚ il a ses chances] pour conquérir la jeune femme. Puis il se lance dans une danse dont il a le secret‚ et à laquelle personne ne pourrait résister. Bref‚ finalement‚ Michael réussit à pécho.

Ce clip marque son grand retour‚ mais il n'empêche qu'il a un goût de déjà-vu‚ qu'on oublie vite chaque fois qu'il se met à danser.

Mais n'est-ce pas ce que nous attendons tous‚ le voir et le revoir danser. Tout le reste n'est que littérature…

 
 
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